La bibliothécaire est un livre qui se lit d'un coup, sans reprendre son souffle ou compter le nombre de pages!

la_bibliothecaireL'histoire :
Guillaume n'est pas très talentueux en cours de français. Non pas qu'il ne sache pas faire des phrases. Au contraire. Son problème est orthographique : les règles d'accords et de ponctuation refusent de rester dans sa mémoire. Ce n'est pas comme Doudou, son copain rappeur, qui fait des phrases rythmées sans y penser, yo !
Chaque soir, Guillaume observe sa voisine, une vieille femme, qui écrit à la lueur de la bougie. Aussitôt que la lumière est éteinte, une jeune fille sort de l'immeuble. Elle est vêtue comme dans l'ancien temps.

Qui est-elle ? Qu'écrit chaque soir la vieille femme ? Comment Guillaume qui déteste lire va-t-il se retrouver face à face avec Alice dans son pays des merveilles, Poil de carotte, Arthur (Rimbaud, bien sûr), Le Petit Prince et Gavroche ?
Qu'est-que le grimoire de l'écrivain ?
Les livres ont-ils des pouvoirs ?
Qu'est-ce que la littérature ?

Mon avis : Encore une histoire de livre qui parle de livres ? Encore des grimoires et des choses étranges ? Encore un mauvais lecteur en personnage principal et son copain black et rappeur qui, lui, aime lire ?
Nous sommes d'accord, les redondances sont présentes et les thèmes sont surexploités.
Pourtant, Gudule parvient à montrer qu'on peut écrire toujours sur le même sujet sans reproduire les mêmes livres.
Certes, ce livre nous révèle le secret sur l'art de faire de la littérature (et en passant, l'auteur se jette des fleurs pour les magnifiques phrases qu'elle a elle-même composées). Mais, tout de même, ça marche.
Tout d'abord le lecteur n'a pas de présupposés : l'auteur n'est pas réputée pour ses ouvrages de fantasy et le titre est énigmatique (remarquons que Le Livre l'aurait été davantage, simple suggestion pour ceux qui souhaiterait écrire un livre inédit). Ensuite, l'intertextualité est agréablement exploitée. Bien sûr la visée pédagogique est visible comme des écritures noires sur fond blanc (désolée pour cet humour limite franchement pas drôle) : c'est bien de lire les classiques, c'est bien d'écrire sans faute, c'est bien les bibliothéques, et grâce à la dédicace, nous pouvons ajouter, non, il ne faut pas maltraiter les documentalistes. Bon. Mais, Poil de carotte parlant poux avec Arthur Rimbaud, c'est savoureux. Enfin, même si tout lecteur attentif aura deviné le dénouement, pour 187 pages, on ne s'ennuie pas et c'est bien écrit (bah oui, l'auteur elle-même le dit).
Bilan : Plutôt positif.

A méditer ou à oublier :

"Les seuls livres que j'aie [?] négligés, lorsque j'étais bibliothécaire, ce sont ceux destinés aux jeunes. je ne les trouvais pas intéressants. Adulte, il me manquait la fraîcheur d'âme nécessaire pour les apprécier. Ce fut sans doute mon erreur." p. 33

"Les fantasmes ne meurent pas, quoi qu'il ait pu en penser tout à l'heure! Ils survivent là où les a fixés l'écriture, éternellement ! Gavroche et Cosette ont-ils disparu avec Victor Hugo ? Les Trois Mousquetaires ont-ils suivi Dumas dans la tombe? Et Mme Bovary, dont Gustave Flaubert disait "c'est moi", n'a-t-elle pas survécu à son auteur? C'est dans l'imagination de milliers de lecteurs qu'ils mènent aujourd'hui leur existence propre, et même parfois sur les écrans de cinéma!" p. 51.

"C'est l'avantage qu'ont les livres sur la vie réelle. Dans la vie réelle, quand un drame arrive, on se dit : "Comme j'aimerais retourner dans le passé, profiter du bonheur d'avant!" La lecture nous donne cette possibilité : il suffit de reprendre les chapitres précédents, et on revit les moments que l'on aime chaque fois qu'on le désire." p. 150

Bonne lecture,
Mirabilia.