Le premier roman en langage SMS, La Martinière Jeunesse, « Fiction », 2010.

2m1L'histoire : Trois amies dialoguent sur le net.

Notre avis : Premier roman en langage SMS, l'annonce prévoit déjà le débat. D'ailleurs, les éditeurs ont sorti leurs armes en proposant aux professionnels tout un attirail d'explications, de résumés, d'interviews de spécialistes, etc. Ils se justifient avant même d'être attaqués. Bon... En même temps, ils anticipent à juste titre car les réactions sont assez évidentes.
Parlons d'abord de l'histoire : sans grande originalité, elle évoque le quotidien de trois ados, leurs tourments, leurs relations avec leurs parents, leurs amoureux, etc. Bref, un récit d'adolescentes bien banal. Roman de filles, l'humour est présent. Les clichés sont donc tous là et les attentes des lecteurs visés comblées.
Bien sûr, on ne s'attend pas à un style renversant. Sans parler du choix d'écriture, les phrases sont peu construites et les effets assez plats. Venons-en maintenant au langage SMS. Les arguments des deux côtés sont connus : les uns vont crier haut et fort que ceci n'est pas de la littérature, ne respecte pas la langue, banalise l'écriture, justifie l'orthographe reprochable des ados, etc., et les autres vont eux aussi crier haut et fort qu'il faut vivre avec son temps, que ce langage est une nouveauté qu'il faut accepter, comprendre et analyser, qu'il faut savoir séduire les ados en leur parlant de ce qui les intéresse, etc. ; les premiers répondront qu'il ne faut pas aller dans le sens des ados et les seconds répondront au contraire que si. Voici un dialogue prévu dont la conclusion restera floue.
Selon nous, le langage SMS n'a de l'intérêt qu'en étant le « secret » des ados, leur argot qui fait qu'ils se retrouvent dans un petit monde rien qu'à eux, exclu des adultes. Si les adultes se mettent à jouer les ados, ces derniers vont aller voir ailleurs. Et créer un nouvel argot. « Mais ça marche ! » me répondra-t-on. En effet, le roman fonctionne. Oui, car c'est le premier. Mais, franchement, nous doutons que la platitude de l'histoire puisse provoquer un intérêt pour des romans similaires. Durant un temps sûrement mais la lassitude surviendra vite.
Ce qui est vraiment agaçant en revanche, ce sont les erreurs de l'auteur. Non, on ne met pas de didascalie si l'on choisit de retranscrire un dialogue du net. Ces précisions sont inutiles, cassent le cadre d'énonciation et desservent l'enjeu même du roman. Bref, là, c'est raté. Aussi, l'écriture n'est même pas crédible puisque les accords sont respectés. Ainsi, on peut lire « ils étaient ». Non, un ado écrirait « été ». Mais les éditeurs ne sont pas débiles, ils veulent ralentir les foudres. Eh bien, il faut savoir assumer ses choix, ce qui n'est visiblement pas le cas.
Bilan : laissons-les s'amuser un temps et jetons tout cela à la poubelle.

Mirabilia