10 novembre 2009
L'âge d'ange, écrit par Anne Percin
L'école des loisirs, « Médium », 2008.
L'histoire : Tadeudz l'impressionne. Il est l'autre personne à emprunter Amours des dieux et des héros. C'est sûr, ces deux êtres sont faits l'un pour l'autre.
Notre avis : Ce roman fait beaucoup parlé. Encensé ou détesté... les avis sont partagés. Comme nous.
D'une part, nous avons apprécié l'écriture très travaillée de ce roman. Le personnage principal, à la sexualité masquée, intrigue et capte l'attention. Poétique, l'histoire amoureuse est très plaisante à lire et, grâce à l'identification, l'émotion est saisissante. Le cadre spatio-temporel très défini et pourtant tenu à distance présente un juste équilibre pour placer le récit.
D'autre part, nous avons été agacé par les discours sur les classes sociales. Se voulant défenseur des pauvres, le personnage caricature. Certes, cela fait partie de sa personnalité mais l'exagération est agaçante.
Bilan : un roman poétique aux idées défendues un peu caricaturales.
Mirabilia
09 novembre 2009
Jolek le conteur de lune, écrit par Naïk Feillet
Seuil Jeunesse, « Chapitre », 2009.
L'histoire : Après l'échec d'une performance d'acteur, Lucas se retrouve seul dans sa chambre. Seul ? Un petit lutin nommé Jolek, conteur de lune de profession, va lui raconter trois histoires qui vont l'enchanter et lui redonner courage.
Notre avis : Ce récit met en scène des situations très classiques : un récit cadre, des personnages merveilleux conformes aux types connus, des histoires enchâssées pleine de morale et une construction générale qui correspond aux classiques du genre. Pourtant, malgré tous ces déjà-vus qui auraient dû gâcher l'œuvre, Naïk Feillet a réussi à innover et à offrir aux jeunes lecteurs des histoires merveilleuses très satisfaisantes.
En effet, l'histoire cadre est bien menée et, coupée aux bons moments, elle se suit sans problème et évolue tout de même. Certes, elle est prétexte aux histoires enchâssées mais l'intrigue est bien menée et le dénouement, attendu, est bien présenté. L'auteur parvient en plus à créer une atmosphère de conte du soir particulièrement plaisante. Aussi, nous avons apprécié que les personnages analysent les histoires internes, ce qui encourage à davantage d'interprétation.
Quant aux récits enchâssés, ils sont eux aussi réussis. Les personnages merveilleux sont repris des classiques sans grande invention mais ils sont placés dans des contextes et très situations qui bénéficient d'une grande création. Les messages sont souvent laissés à l'interprétation des lecteurs et la morale n'est donc pas trop pesante.
Subtils, ces récits se lisent avec plaisir, grâce à une écriture dynamique.
Bilan : des histoires bien écrites qui créent des univers développés et encouragent les interprétations.
Mirabilia
08 novembre 2009
16 ans et des poussières, écrit par Mireille Disdero
Seuil, « karactère(s) », 2009.
L'histoire : Shayna vit dans la banlieue de Marseille. Entre sa mère qui a hâte de la voir déguerpir, ceux qui lui font peur dans la cité et les chiens morts, seuls Enzo et une prof lui font voir la vie du bon côté.
Notre avis : Ce roman montre la violence urbaine et la vie dans les cités mais, pour une fois, cela se passe à Marseille. Changement de destination donc. Pourtant, les thématiques sont similaires. Les personnages sont bien caractérisés mais finalement stéréotypés et les situations sont, somme toute, attendues. Pour ceux qui n'auraient jamais lu de livres « sur » les banlieues, ce roman les surprendra. Pour les autres, ce ne sera que redite.
Bilan : encore un roman à thème. Certes, l'écriture est poétique mais elle ne suffit pas à rendre ce roman original.
Mirabilia
07 novembre 2009
L'histoire de Clara, écrit par Vincent Cuvellier
Illustré par Charles Dutertre, Gallimard Jeunesse, « Giboulées », 2009.
L'histoire : Durant la Seconde Guerre mondiale, Clara, bébé juif, passe de main en main et échappe toujours à la mort.
Notre avis : Dix personnages livrent tour à tour leur récit, un des épisodes de la vie de Clara. Sa mère, un allemand qui ne savait pas qu'il ferait aussi la guerre aux enfants, une sorcière bien intentionnée, une sœur... Les figures se succèdent, ne se ressemblent jamais mais ont toujours le désir de sauver la vie d'un enfant qui ne sait même pas être juif.
Vincent Cuvellier n'utilise ni pathos ni cliché pour évoquer la guerre. Les non-dits sont nombreux et construisent les personnalités des individus présentés. Accompagnés par des illustrations colorées et expressives, les récits sont touchants et montrent, grâce aux diverses focalisations, différents points de vue sur la guerre.
Bilan : à mi-chemin de l'album et du roman, cette œuvre se démarque des autres en présentant la Seconde Guerre mondiale avec des regards variés, une écriture maitrisée et une histoire émouvante.
Mirabilia
06 novembre 2009
La couleur de la peur, écrit par Malorie Blackman
[The Stuff of nightmares, 2007], traduit par Amélie Sarn, Milan, « Macadam », 2008.
L'histoire : Kyle se retrouve bloqué dans un train accidenté avec tous ses camarades de classe. Et, sans comprendre ni comment ni pourquoi, il plonge dans les cauchemars de ses amis.
Notre avis : L'auteur avait écrit des nouvelles effrayantes et elle les a réunies dans ce roman en les retravaillant et en créant un récit cadre. L'artifice peut sembler inévitable et, pourtant, l'ensemble est assez cohérent.
Le récit de Kyle n'est pas qu'un prétexte à l'introduction des nouvelles. Construit, il incite à poursuivre la lecture grâce à un suspense exponentiel. L'intrigue se tient et le dénouement est assez inattendu.
Les récits enchâssés sont aussi étonnamment réunis. Souvent, les recueils présentent des qualités inégales. Mais ici chacune est bien trouvée, bien construite et très plaisante à lire. Les genres varient un peu, les personnages sont toujours bien caractérisés et le suspense est sans cesse présent. Certes, le dénouement se devine à chaque fois mais le plaisir n'en est pas altéré, ce qui est plutôt rare avec des histoires jouant sur l'effet supposé surprenant du dénouement.
Bilan : un roman qui capte l'attention jusqu'aux fins (des récits enchâssés et du récit cadre) grâce à des intrigues souvent originales et un style vif et concis.
Mirabilia
05 novembre 2009
La cavalière des steppes, écrit par Jean-Pierre Courivaud
[2005], illustrations de Clément Devaux, Bayard, « Mes premiers J'aime lire », 2009.
L'histoire : Oulane vit en Mongolie et monte un merveilleux cheval. Kazoul veut le posséder. Mais ni le cheval ni Oulane ne comptent se laisser faire.
Notre avis : Ce petit roman nous fait découvrir habilement des terres lointaines.
Sans accentuer l'aspect pédagogique, le récit parvient à captiver. En effet, les personnages sont décrits avec force et dynamisme et le lecteur s'identifie facilement à Oulane pour suivre son aventure. La construction est très simple et charmante.
Les illustrations retranscrivent bien l'atmosphère de la Mongolie en cassant le trait. L'usage de couleurs qui s'opposent est aussi en cohérence avec l'histoire.
Bilan : une histoire simple et séduisante.
Mirabilia
04 novembre 2009
L'hiver où j'ai grandi, écrit par Peter Van Gestel
[Winterijs, 2001], traduit par Mireille Cohendy, Gallimard, « Folio Junio », 2009.
L'histoire : Thomas a dix ans lorsqu'en 1947, à Amsterdam, il est l'ami de Zwann et de Bet. L'après-guerre est difficile et chacun souffre. Pourtant, les joies sont aussi présentes.
Notre avis : Pour une fois, un roman présente l'après-guerre et non la guerre, période qui est souvent négligée. Or, les souffrances sont aussi grandes et la reconstruction vraiment lente.
L'auteur réussit à retranscrire une atmosphère très réaliste, grâce à des personnages et des situations vraisemblables.
Quelques longueurs viennent parfois ralentir la lecture, surtout lors des échanges dialogués entre les enfants, mais c'est aussi ce qui fait le grand réalisme des faits narrés.
L'écriture est simple mais percutante et certaines scènes sont très intenses.
Bilan : l'après-guerre est décrit avec un grand réalisme dans ce roman qui, bien que long, est un témoignage nécessaire.
Mirabilia
03 novembre 2009
N'importe où hors de ce monde, écrit par Anne Percin
Oskar Jeunesse, « Junior », 2009.
L'histoire : Diane vit dans son monde plus que dans le monde. Sa maladie, qui n'en est pas vraiment une, disent-ils, l'empêche de distinguer de ce qu'il se passe réellement autour d'elle. Pourtant, petit à petit, la jeune fille va trouver des repères.
Notre avis : Nous avons apprécié l'absence d'utilisation de pathos, les observations indiscrètes et l'inexistance des platitudes habituelles liées aux maladies. Ici, l'auteur a su trouver les mots justes pour évoquer avec un intense réalisme une adolescente un peu différente.
L'énonciation à la troisième personne offre un regard mis à distance mais le personnage central est bien Diane. Ces choix de rapprochement et d'éloignement permettent l'exacte mesure pour se sentir intéressé par l'histoire.
L'intrigue est intelligemment construite : le lecteur ne perçoit pas les évolutions et se laisse guider comme le personnage (mais au final, les changements sont bien identifiables).
Les autres personnages sont très bien caractérisés et nous avons apprécié la galerie de portraits très vraisemblable ainsi offerte. Chacun peut sûrement y retrouver un de ses proches et même se reconnaître dans certains traits. Aussi, même si Diane est différente, elle touche tout le monde car ressent des émotions universelles.
Bilan : un personnage différent présenté avec justesse.
Mirabilia
02 novembre 2009
Cheffie, écrit par Kaat Vrancken
[Cheffie is de baas, 2000], traduit par Maurice Lomré, La Joie de lire, 2009.
L'histoire : Cheffie est le teckel préféré d'Emma. Mais Berger arrive et il semble lui voler la vedette.
Notre avis : Cette histoire présente un personnage très réaliste. Jaloux, Cheffie n'est pourtant pas désagréable et le lecteur peut aisément percevoir que ses pensées sont guidées par l'amour qu'il porte à Emma.
La construction de l'histoire est simple en apparence mais, au dénouement, nous percevons le travail de l'auteur : un jeu de focalisation astucieux qui permet de ne suivre que les réflexions et observations de Cheffie et un coup de théâtre surprenant.
Les illustrations ciblent les expressions des personnages et respectent les non-dits du texte, ce qui est un bon choix.
Bilan : un court texte qui montre bien ce qu'est la jalousie et les erreurs que chacun peut commettre.
Mirabilia
31 octobre 2009
La guerre au bout du couloir, écrit par Christophe Léon
Éditions Thierry Magnier, « Roman », 2008.
L'histoire : Momo doit changer son frère le plus rapidement possible ! Mais nulle trace de ses parents. Dans les rues d'Oran, les gens ont les bras levés comme des poulets et Momo ne trouve toujours pas de couche !
Notre avis : La guerre d'Algérie est une période rarement abordée dans les romans. Ici, le lecteur est plongé dans son récit dès les premières pages.
Puis, le narrateur, par de nombreuses analepses, nous raconte son passé de français parmi les « indigènes », rejetés par son père. Momo décrit tout ce qu'il voit, tait certaines scènes et nous livre un véritable regard d'enfant : il ne comprend pas tout, il constate ; il évoque des choses qui semblent anodines (mais que le lecteur peut décrypter) et il raconte ses souvenirs comme ils lui viennent sans se fier à un ordre d'importance ou de chronologie. Les petits récits s'enchainent pour former au final l'histoire de sa vie et retranscrire l'ambiance de cette époque et de ce pays en guerre.
La langue est soignée et les associations de mots souvent poétiques et imagées. L'auteur a su trouver la forme et les mots précis pour présenter avec talent une guerre souvent oubliée.
Bilan : un roman construit et écrit avec soin qui nous rappelle ce qu'était la guerre d'Algérie.
Mirabilia