02 décembre 2009
Une vie de mouche, écrit par Bettina Wegenast
L'école des loisirs, « Théâtre », 2009.
L'histoire : Pas facile de n'avoir qu'une journée à vivre ! Pour Knud, il faut respecter un
emploi du temps précis. Karo préfère se laisser vivre. Peut-être le fera-t-elle changer d'avis ?
Notre avis : Quelle jolie pièce de théâtre ! Si simple et si poétique ! La vie des éphémères est bien courte et incite à réfléchir sur nos propres vies, si courtes elles aussi.
Avec de jolies métaphores, Bettina Wegenast s'adresse habilement aux Hommes et les messages ne semblent jamais pesants ou redondants. La poésie est toujours présente et le charme opère naturellement.
Très courte mais pleine de rebondissements, cette pièce est vraiment une grande réussite qui peut enfin réellement convenir à un jeune public et, en plus, sans lasser les adultes. Au contraire !
Bilan : un coup de cœur pour cette pièce de théâtre très poétique.
Mirabilia
25 novembre 2009
Dans la maison de l'Ogre Monsieur, écrit par Catherine Zambon
L'école des loisirs, « Théâtre », 2009.
L'histoire : Larida reste quelques temps chez les Danielli. Monsieur Danielli lui raconte l'histoire de l'Oiseau bleu mais repousse toujours le moment de l'heureux dénouement. En attendant, Larida attend que sa maman sorte du coma et elle parle à Robert.
Notre avis : Cette pièce de théâtre redonne une nouvelle vie au conte de Madame D'Aulnoye. En effet, le conte est honoré bien que démembré et l'atmosphère générale de la pièce est celle des contes merveilleux. Et, en respectant la tradition, ce sont bien des problèmes très adultes qui sont évoqués. Pourtant, cela n'enlève rien au charme du récit.
Les voix s'enchaînent et la poésie est très présente dans certaines répliques. D'autres incitent à réfléchir. Toutes sont source de multiples interprétations, ce qui fait la richesse de la pièce.
Cependant, nous pensons que la mise en scène est un vrai défi que nous aimerions voir relever.
Bilan : un pièce très sérieuse où différents genres sont mêlés avec réussite.
Mirabilia
12 novembre 2009
Bled, écrit par Daniel Danis
L'Arche, « Théâtre Jeunesse », 2008.
L'histoire : Bled quitte sa famille pour chercher une nouvelle maison. Septième fils, c'est son sort. Shed, tel un ogre, le pourchasse.
Notre avis : Poucet moderne, Bled utilise beaucoup le téléphone portable. Sur la scène, les jeux peuvent être multiples.
Pouvant se jouer à un ou à plusieurs comédiens, le texte est en effet propice à de nombreuses mises en scène. Mais, comme nous n'avons que le texte, n'extrapolons pas.
Certes le récit encourage l'imagination et les phrases sont très rythmées mais nous avons été un peu déçus. À force de vouloir créer trop d'effets, la langue en paraît artificielle et la pièce perd de son intérêt. C'est dommage car les idées étaient intéressantes.
Bilan : un pièce qui actualise le conte du Petit Poucet en créant un peu trop d'effets souhaitant moderniser.
Mirabilia
01 novembre 2009
Le bruit des os qui craquent, écrit par Suzanne Lebeau
Éditions théâtrales, « Jeunesse », 2008.
L'histoire : Elikia et Joseph fuient. Ils fuient les rebelles, ils fuient les massacres, ils fuient les violences. Ils fuient pour rejoindre leur enfance perdue.
Notre avis : Les enfants soldats sont rarement des personnages représentés dans la littérature pour la jeunesse. Suzanne Lebeau a réussi à les mettre en scène intelligemment et originalement.
Les personnages sont très bien caractérisés : nous découvrons des enfants qui ont souffert mais le pathos n'est jamais utilisé et leurs personnalités sont riches de nuances. Les portraits sont donc réalistes et, par leur seule description, incitent à réfléchir.
Les choix d'énonciation sont audacieux. Le lecteur spectateur entend en effet plusieurs voix : celle d'une infirmière qui a recueilli Elikia à la fin de sa fuite, celles des enfants fuyants et celles de ces mêmes enfants qui s'expriment en commentant les faits, comme s'ils racontaient un souvenir. Le lecteur spectateur sait donc qu'Elikia va parvenir à un hôpital mais peut-il conclure qu'elle s'en est sortie ? L'interprétation est laissée libre.
L'auteur n'a pas utilisé de mélancolie, de pathos facile ou de description voyeuses pour exposer ces personnages. Les mots bouleversent par leur seul réalisme. Aussi, grâce à la distance instaurée par les différentes focalisations, le jeune lecteur est incité à réfléchir davantage encore... et à agir peut-être.
Bilan : une pièce de théâtre très réaliste qui montre les enfants soldats et incite à réagir.
Mirabilia
26 octobre 2009
Lost Cactus, écrit par Mohamed Bari
Lansman, 2009.
L'histoire : Il s'en va. Marche loin de l'âne, son père, sa mère, le mouton égorgé, laissant derrière lui Leïla.
Notre avis : Cette pièce de théâtre avec un seul personnage est très courte mais les événements évoqués sont intenses. Bien qu'il n'y ait qu'une voix à entendre, le récit ne s'apparente pas à un monologue, même si la frontière est floue. Les propos font en effet surgir des scènes très dramatiques et mouvementées : théâtrales, donc. L'auteur sait choisir des mots qui percutent et raisonnent. L'alliance de ces mots offre des phrases poétiques. Malgré toutes ces qualités, le récit ne nous a pas transportés. Nous avons senti une construction un peu bancale et un dénouement qui ne semble pas réfléchi comme tel. La pièce n'est pas restée dans notre mémoire après l'avoir lue ; peut-être qu'une mise en scène servirait mieux ces propos qui semblent, ici, un peu jetés à tout va.
Bilan : une pièce de théâtre inhabituelle et bien écrite, mais pas forcément pertinente.
Mirabilia
19 octobre 2009
Encore un jour sans, écrit par Samuel Gallet
Théâtre, « Éditions espaces 34 », 2008.
L'histoire : Yarold s'occupe de Simon et de Magda : l'un est sans main et obsédé par le sexe, l'autre a toujours besoin d'une piqûre. Et Anita qui travaille au bar 64 arrive dans son monde.
Notre avis : Cette pièce de théâtre est très dynamique. Les scènes s'enchaînent et l'auteur ne cherche pas à n'utiliser que du pathos pour capter l'attention du lecteur ou du spectateur.
Nous observons ces personnages qui sont souvent ignorés et nous intéressons à leur vie et à ce qu'ils ressentent. L'effet de réel est saisissant et les personnalités sont très riches.
Aussi, l'histoire évolue autour d'une intrigue et ne se contente pas d'une description, ce qui ajoute encore de l'intérêt.
Les mots ne sont pas voilés. Ainsi le langage est parfois cru mais toujours juste.
Bilan : une pièce de théâtre qui montre un monde contemporain avec un regard pertinent.
Mirabilia
17 octobre 2009
Une chenille dans le cœur, écrit par Stéphane Jaubertie
Éditions Théâtrales, « Jeunesse », 2008.
L'histoire : L'enfant ne peut survivre que si le bûcheron lui taille un nouveau corset dans le bois. Sinon, elle périra puisqu'elle n'a pas de colonne vertébrale et que son corset devient trop petit. Mais le bûcheron refuse de couper le dernier arbre de la forêt.
Notre avis : Cette pièce de théâtre est très poétique. Les métaphores et images sont nombreuses et les scènes incitent grandement à la réflexion.
L'écriture est simple mais loin d'être simpliste, car l'auteur a su trouver les mots pour évoquer des concepts difficiles.
Nous avons apprécié que les trois personnages (l'enfant, le bûcheron et la présence) incarnent aussi d'autres personnages. La mise en abyme du jeu d'acteur est intéressante mais nous craignons que la compréhension soit complexe pour le spectateur qui ne bénéficie pas de didascalie. Sans doute une mise en scène réfléchie doit pouvoir y parer. Le défi est lancé !
La construction est bien trouvée et nous avons savouré chaque saynète qui parvient en plus à s'insérer habilement dans l'histoire, assurant ainsi cohérence et cohésion.
Bilan : une pièce de théâtre poétique et bien construite.
Mirabilia
14 octobre 2009
La nuit électrique, écrit par Mike Kenny
Sur une proposition de Marc Lainé, illustré par Marc Daniau, traduit par Séverine Magois, Actes Sud – Papiers, « Heyoka Jeunesse », « Théâtre », 2009.
L'histoire : Marie et François vont se coucher car Maman part travailler. Marie raconte une histoire à François avant de s'endormir.
Notre avis : Les voix entendues sont très particulières : les personnages parlent d'eux-mêmes à la troisième personne et Marie devient souvent narratrice extérieure en plus d'être personnage parlant. Ces jeux d'énonciation contribuent à créer une ambiance un peu dérangeante et toujours étrange.
L'intrigue commence alors dans ce cadre : une histoire d'ogresse, de clowns effrayants et mangeurs d'enfants, de train fantôme... bref, une histoire qui fait peur. Et cela fonctionne. L'auteur a su créer l'atmosphère qui convient pour provoquer réellement une peur chez le lecteur ou le spectateur. Nous retrouvons les stéréotypes de la peur, alors que ce n'est plus souvent le cas tant ils sont détournés ou banalisés. Revenir aux habitudes crée en soi une originalité. Un jeu d'incertitude entre ce qui réel et ce qui provient de l'imagination des enfants entre aussi en compte et le lecteur est laissé face aux incertitudes. Cela ajoute au plaisir !
En plus, de nombreuses images poétiques sont insérées dans les dialogues. Les échanges de répliques sont aussi réfléchis pour créer un enchaînement envoûtant et captivant. Voici donc une pièce de théâtre réussie dont nous apprécierons de voir sa mise en scène.
Bilan : une pièce de théâtre envoûtante et qui fait vraiment peur.
Mirabilia
12 octobre 2009
La vraie fiancée, écrit par Olivier Py
Illustré par Olivier Gontiès, Théâtre de Sartrouville – CDN, Actes Sud Papiers, « Heyoka Jeunesse », « Théâtre », 2008.
L'histoire : La marâtre arrive dans la vie de la jeune fille et l'oblige à réaliser des travaux impossibles. Tout cela pour sa fille qui n'est qu'une poupée de cire !
Notre avis : Olivier Py reprend de nombreux concepts connus, les tord, les mélange et nous offre ainsi une œuvre novatrice.
Nous retrouvons le personnage de la marâtre, du père soumis, du prince et des serviteurs. Aussi, sont présents les filtres d'amour, les tâches impossibles (vider un lac avec une petite cuillère percée, creuser jusqu'au fond de la Terre ou coudre des habits avec des feuilles mortes) et la mise en abyme de la pièce de théâtre. En apparence, il semble que les clichés soient présents mais ce n'est absolument pas le cas. L'auteur joue en effet avec ces figures et ces procédés pour créer une pièce réussie. Pas de détournement : la réutilisation est préférée mais jamais copiée. L'originalité de cette pièce réside alors dans la simultanéité de toutes ces instances connues. La poésie des répliques et leur enchaînement ajoutent en plus une musicalité envoûtante et captivante. Et certaines phrases incitent grandement au rêve et à la réflexion. Nous sommes sortis de cet univers en souhaitant y retourner.
Les illustrations qui accompagnent ce récit sont très subtiles. Pleines de détails à décrypter, elles se laissent observer longuement et prolifèrent en interprétations possibles. De quoi prolonger la lecture agréablement si la mise en scène n'est pas visible.
Bilan : une pièce où les clichés sont réinventés grâce à une langue poétique et une composition audacieuse.
Mirabilia
11 octobre 2009
La migration des oiseaux invisibles, écrit par Jean-Rock Gaudreault
Lansman, « Théâtre à l'Affiche », 2008.
L'histoire : Rat d'eau et Sinbad deviennent invisibles pour, à deux, devenir plus forts.
Notre avis : Seuls deux personnages sont présents dans cette pièce mais les imitations de voix et l'évocation d'autres êtres ajoutent des figures. Ainsi, peuplé d'individus assez énigmatiques, la scène est mouvante et animée. Les répliques des deux personnages s'enchaînent en créant de multiples petites saynètes qui ajoutent aussi à ce dynamisme. Le dialogue part dans de multiples directions, offrant diverses possibilités de rêve pour le lecteur. Pourtant, nous n'avons pas été émus et transportés par ce récit. Sans doute manque-t-il, selon nous, un cadre bien défini et un lien qui permettrait d'assurer une cohérence du début à la fin.
Bilan : une pièce de théâtre originale mais qui manque un peu de cohésion.
Mirabilia