29 juillet 2009
Chroniques des Temps obscurs, Tome 1 : Frère de Loup, écrit par Michelle Paver
[Chronicles of Ancient Darkness, Wolfbrother, 2004], traduit par Bertrand Ferrier, Hachette Jeunesse, 2005, Livre de Poche Jeunesse, 2009.
L'histoire : Le P'pa de Torak va mourir. L'Ours approche. Torak doit partir et laisser son père. Pour respecter les promesses faites à son père, Torak part vers la Montagne de l'Esprit. Seul, le petit garçon découvre peu à peu que son père n'a pas eu le temps de lui parler des choses importantes. Comme qu'il est peut-être Celui-qui-écoute. Guidé dans la forêt par un louveteau, le jeune homme suit sa route.
Notre avis : Ce roman plonge instantanément le lecteur dans une époque et un lieu lointains.
En suivant Torak et en s'identifiant à lui, nous suivons le jeune garçon au travers d'une forêt dont nous découvrons quelques mystères. Grâce aux changements de focalisation, le Loup devient aussi notre complice. Ce choix d'écriture dynamise fortement la lecture, pourtant déjà intense. En effet, le suspense est grand durant tout le roman. Non que l'action soit omniprésente mais l'intérêt est sans cesse renouvelé.
Nous avons un intérêt pour la culture des peuples décrits, pour l'intrigue et pour la psychologie évolutive des personnages. Ainsi, nul ennui ne survient. Nous avons donc apprécié la diversité et la richesse du récit et l'écriture très soignée. Le dénouement nous donne même envie de lire la suite.
Bilan : un roman qui nous emporte dans un univers captivant. Une réussite littéraire.
Mirabilia
20 avril 2009
La trilogie du dragon, tome 1, La puissance du dragon, écrit par Bertrand Ferrier
Editions Lito, 2009.
L'histoire : Louis a vingt-cinq ans et s'amuse avec un dragon en plastique. Pendant ce temps, Thor, le maître des créatures féeriques, tente de remettre de l'ordre dans sa forêt. Faut dire qu'entre la Vieille, la Guilde et la Méduse, c'est un peu le bazar. Et dire que Louis va être mêlé à tout cela !
Notre avis : Ah ! Enfin ! Merci !
Voici les trois exclamations que l'on ne peut retenir en lisant ce roman.
Ah, parce que le roman attire l'attention : il ne ressemble à ce que l'on connaît sur les dragons, les elfes, les forêts, les méchants, etc.
Enfin, parce qu'un auteur réussit enfin avec talent à détourner les clichés, à en faire de la tambouille et à innover pour créer une oeuvre originale et réussie.
Merci, parce qu'avoir fait cela est bien rare et que le roman mérite que l'on prenne le temps d'en remercier l'auteur.
Que ceux qui croient avoir tout lu des romans de fantasy fassent donc un tour par ici !
Nous suivons tour à tour des créatures d'un monde merveilleux et des êtres humains hésitant à considérer la vie comme fantastique ou étrange. Et nous sommes captivés.
L'intrigue est construite comme un puzzle que le lecteur prend plaisir à assembler. Durant tout le roman, nous sommes donc attentifs pour tenter d'anticiper. Mais non, l'auteur surprend, encore et encore. Ce qui ne fait qu'augmenter le plaisir.
Certaines scènes sont totalement inédites pour le genre, et, sans rien révéler, nous ne pouvons que conseiller de les savourer.
Avec encore une dose de plus de plaisir, nous retrouvons l'humour et l'ironie de l'auteur qui a séduit ses fans. Que ceux qui ont déjà lu quelques histoires se déroulant dans un supermarché ou dans une chambre d'ado ne soient pas effrayés de se risquer à lire un nouveau roman de l'auteur, celui-ci nous surprend encore par de nouveaux jeux de mots !
En plus, l'auteur glisse çà et là quelques critiques bienvenues, ajoute quelques pincées de sarcasmes et orne le tout de thèmes rarement abordés (la déprime notamment) : nous ne pouvons donc que savourer les lignes de ce récit.
Nous retrouvons aussi l'intertextualité et la mise en abyme si chères à l'auteur, mais introduites avec une forme encore différente. Le titre du tome 3 laisse songer que l'idée se développera.
Est-ce nécessaire de préciser que l'auteur manie à merveille la langue française ? C'est donc fait.
Note : Mais pourquoi encore Louis ?
Bilan : un roman qui retourne dans tous les sens les clichés pour créer une oeuvre qui se distingue brillamment des autres ouvrages du genre, un premier épisode qui surprend et amuse, un début qui donne envie d'avoir le tome 2 (à surveiller aux alentours de l'été) pour continuer à assembler les pièces de ce puzzle original.
Mirabilia
29 mars 2009
Happy end, écrit par Bertrand Ferrier
Editions du Rouergue, "doAdo", 2003.
L'histoire : Tout commence quand. A moins que ce ne soit la fois où. Dans tous les cas, maintenant, il se fait frapper par Eux et ne sait pas comment y échapper.
Notre avis : Voici un roman qui ne ressemble pas aux autres productions de l'auteur (point d'humour ni d'ironie) mais qui s'inscrit parfaitement dans le catalogue de la maison (peut-être la collection "doAdo Noir" aurait-elle été plus apte à recevoir ce roman mais qu'importe).
La construction de ce roman nous fait entrer doucement et définitivement dans un tourbillon dont il n'est pas aise de se dépatouiller. En effet, nous suivons notre personnage et nous identifions à lui sans nous méfier de ce qu'il pourrait survenir... et l'émotion est grande lorsque l'action s'intensifie.
L'auteur aborde des thèmes qui semblent souvent être tabous dans les romans pour les jeunes : masturbation, violence, pulsion, plaisir, fantasmes, etc. Et nous nous retrouvons, en plus, en face de parents qui n'ont rien de sympathique.
Comme l'écriture est habile et le style réfléchi, cette oeuvre ne sert pas de propagande et s'affirme bien en tant qu'oeuvre littéraire.
Bilan : un roman intense qui s'adresse au moi profond du lecteur, le bouleverse et l'émeut grâce à un style et une histoire originaux.
Mirabilia
17 novembre 2008
La nuit comme en plein jour, écrit par Bertrand Ferrier
Belin, "Charivari", novembre 2008.
L'histoire : Louis, ce matin, tu te réveilles et tu es invisible. Dur dur.
Notre avis : Non, la littérature pour la jeunesse n'est pas un secteur où s'exprime la sous-littérature et oui, l'innovation et la création peuvent apparaître. Bertrand Ferrier nous le prouve dans ce roman.
Comment qualifier cette nouvelle forme d'énonciation ? Il ne s'agit pas de dire "tu" au lecteur, ni de créer un roman où nous sommes le héros, il ne s'agit pas de focalisation interne ou externe. Alors qu'est-ce ? Sans aucun doute : une invention. Qu'il est heureux de ne pas parvenir à baptiser les formes de l'écriture ! ce qui montre ainsi une réelle création ! La forme de l'énonciation est donc spécifique : elle permet au lecteur de s'identifier au personnage, mais le mode d'écriture reste celui d'une focalisation externe - on ne nous demande pas notre avis et nous suivons les faits d'un point de vue extérieur.
L'auteur ne s'arrête pas là dans ses créations. Il insère aussi des cadres qui ressemblent à des appartés pour préciser des points ou s'arrêter sur une notion. Sous forme de nota bene ou de "points importants", comme dans les livres scolaires, documentaires, etc., la technique divertit et surprend.
Aussi, quelquefois, le narrateur - qui se nounoie - parle de nous - sans nous parler, puisqu'il parle au personnage grâce au "tu". Ainsi, on s'identifie aussi aux lecteurs ou aux lectrices.
Les autres personnages permettent aussi une identification, tant ils sont drôles et authentiques. Pour notre part, nous ressemblons fortement à la mère de Louis, qui boit plein de café, coupé à l'eau, le matin, mais pas plus, pour ne pas faire pipi toute la matinée.
L'écriture est donc très originale, inventive et, surtout, elle nous plaît. Car, en plus, l'humour et l'ironie sont sans cesse présents et la lecture est un vrai moment de plaisir.
Quant à l'histoire, elle repose sur une idée connue : l'invisibilité. Que faire si nous devenons invisible ? En profiter, s'enfermer, disparaître ou devenir la star la plus "visible" ? C'est la question que se pose Louis, et il passera par différentes phases.
Chaque étape du roman est précieuse. Expliquons-nous. Chaque scène est inédite, inattendue et l'écriture est toujours drôle - grâce à des jeux de mots bien trouvés. Et, en plus, chaque épisode incite à réflechir. En effet, comme peu d'auteurs y parviennent depuis Rabelais, l'auteur parvient à nous interroger, à titiller des points sensibles de notre réflexion, avec humour et tact. Il nous conduit même à relire son roman !
Par exemple, l'incipit accroche le lecteur. Mais le narrateur précise qu'il s'agit justement d'une technique pour nous capter. Audacieux et astucieux ! De nombreux passages comme celui-ci expliquent les différents comportements du lecteur, les multiples techniques d'écriture, etc., passages qui sont "invisibles", tant ils sont bien intégrés dans la narration.
Au final, on se laisse avoir par un narrateur et un personnage avec grand plaisir. On reste longtemps immobile à réflechir à tout ce qu'on vient de lire et... on en redemande.
Seul regret : la bande rouge, signature de la collection, qui orne le haut de la couverture.
Bilan : enfin un roman original et unique ! L'innovation littéraire envahit les pages et le lecteur prend plaisir à chaque instant.
Mirabilia.
02 juillet 2008
ézoah, écrit par Bertrand Ferrier et Maxime Fontaine
Intervista, Europacorp, 2005, Pocket Jeunesse, 2008. Premier tome de la trilogie.
L'histoire : Ezoah est une jeune fille qui se retrouve dans un monde qu'elle ne connaît pas. Elle doit retrouver le Gardien des sept mondes pour comprendre ce qu'elle fiche ici. Comme les mondes tombent en ruine, sa tâche n'est pas simplifiée...
Notre avis : une enfant doit sauver le(s) monde(s) surveillé(s) par un gardien... Rien de bien original ? Erreur ! Les amateurs d'aventures fantastiques seront ravis : voici un roman qui renouvelle l'intrigue. Certes, des ressemblances sont présentes mais de nombreuses différences et nouveautés aussi. Les espérances des lecteurs sont comblées mais pas les présupposés ! Dans cette oeuvre, nous croisons des animaux parlants, des enfants intellos, des monstres, des épreuves, des chutes, des rebondissements mais tout donne l'impression d'être nouveau ! Nous ne voulons pas révéler trop d'éléments pour gâcher une lecture qui, pour une fois dans le genre fantastique, surprend.
Les chapitres sont disposés selon le cycle du temps (à découvrir d'ailleurs car il est, lui aussi, construit en innovant). Le lecteur découvre alternativement deux visions d'une histoire qui se rejoindront sûrement. Cette vision panoramique maintient un intérêt croissant.
Rien n'est jamais résolu, le mystère s'intensifie sans cesse et le lecteur est captivé par les fins de chapitres en suspens.
Une bonification pour ce roman : l'humour et les jeux de langues ! Le vocabulaire et la construction des phrases sont complexes. Les auteurs jouent avec les connaissances du lecteur en parsemant des références et en transposant des situations de notre monde. Ces jeux ne sont pas pesants et n'empêchent aucunement l'implication du lecteur et la découverte des mondes.
Dans ce roman, tout est nouveau, tant l'intrigue que le style.
Bilan : à lire d'urgence pour, enfin, découvrir une oeuvre fantastique originale et talentueusement réussie !
nota bene : nous prévenons les futurs lecteurs que la lecture de ce livre peut provoquer une augmentation de la lassitude engendrée par la lecture d'autres médiocres oeuvres fantastiques. Si vous préférez vous contenter de la maussadité de la production éditoriale actuelle, nous vous déconseillons fortement cette oeuvre superbissime.
Mirabilia.
14 juin 2008
Je n'aimerai que toi, écrit par Bertrand Ferrier
Flammarion, "Tribal", 2002.
L'histoire : Elle aime Benoît mais Benoît ne l'aime plus. Et ça, ça fait mal.
Notre avis : Des phrases courtes pour retranscrire rapidement et précisément les pensées de la narratrice, des dialogues vifs où chaque parole est nécessaire, une division en chapitres courts pour tonifier, des figures de style réfléchies et bien employées, des retours en arrière qui se sont pas de simples résumés, de l'émotion à travers les choix des mots et l'agencement phrastique : mixez le tout, laissez reposer, savourez, digérez.
Nous avons déjà évoqué l'auteur lors d'un message précédent mais ce roman est très différent du précédent (ce qui ne veut pas dire moins bien ou meilleur, mais simplement ce que veut dire le mot : différent). La justesse des termes et la construction parviennent avec brio à retranscrire les émotions du personnage. Le roman se déguste ou se dévore mais a du goût (du bon). Pour les plus réticents, ne vous inquiétez-pas, tout va bien se passer, il y a même des blagues. Drôles ? à vous de voir.
Nous avons aimé donc. Petite bonification : la mise en page de l'éditeur qui correspond exactement au roman : douceur et fermeté.
Bilan : Lisez ce livre, que dire de plus ? donnez-nous ensuite votre avis...
Ps : nous nous excusons auprès de ceux qui, lorsqu'ils ont lu le début du titre de ce message, ont crû à une déclaration d'amour de notre part. Pour nous faire pardonner, nous vous (re)conseillons ce livre qui vous permettra peut-être de rêver d'amour.
Mirabilia.
13 mai 2008
Gling ! un amour de supermarché, créé par Bertrand Ferrier et aussi par Alexandre Jeannette
Hachette Livre, Le livre de poche, Jeunesse, section "adolescents - Histoire de vies" (rien que ça), publie ce roman en 2003, puis 2007.
L'histoire : Lozère Jean et Colombine sont deux adolescents qui s'aiment. Ce qui est le plus intéressant dans cette histoire (d'amour), c'est qu'ils se retrouvent à Gling!, le super supermarché.
Notre avis : Bertrand Ferrier critique notre société de grande consommation, notre habitude à se comporter comme des moutons sans réfléchir, etc, etc. Bref.
Le tout est servi avec un humour décapant (là, l'auteur ajouterait que cet humour lui serait donc utile pour nettoyer ses toilettes ou quelque chose comme ça). Toutes les expressions usuelles et les stéréotypes sont (ré)actualisés : nous nous rendons compte ainsi que nous disons vraiment n'importe quoi, et, en plus, sans grande originalité.
Mais ce n'est pas la seule source de rire. L'auteur joue avec tout. Tous les mots, toutes les expressions, toutes les situations, toutes les associations (etc.) provoquent le rire. Il faut donc adopter un nouveau mode de lecture. Il faut prendre le temps de déguster chaquer mot (encore une ineptie de notre langue, ou plutôt de l'usage (débile) que j'en fais).
L'auteur utilise tous les ressorts de l'imprimerie pour faire de son livre une oeuvre unique mais surtout novatrice. Ainsi :
- Les notes apostrophent le lecteur. Le narrateur est sensé être l'auteur. Les jeux s'installent donnant lieu à une seconde histoire : l'histoire du livre, de sa rédaction, de son édition. Bref, un méta-livre savoureux car toujours créé avec humour.
- Des petits dessins séparent les paragraphes et entourent les numéros de page : ça ne sert à rien mais c'est une jolie attention.
- Des affiches sont intégrées dans le corps du livre, etc.
Mais surtout : la musique entre dans le livre et, cette fois, sans intégration de CD, CD-rom, DVD ou je ne sais quoi. Deux partitions sont livrées en fin de texte. L'auteur ne s'est pas arrêté là : tout le livre est en musique. Grâce à l'intertextualité, de nombreuses paroles sont cachées dans le texte : au lecteur de les trouver. Si certaines sont aisément repérables, d'autres sont plus subtiles. Cependant, ne soyez pas trop jeunes sauf si vous êtes un accro de musique (surtout celle du siècle passé).
Le lecteur doit donc posseder de grandes compétences lectorales pour s'approprier l'ensemble de l'oeuvre et sa richesse littéraire. Nous sommes d'ailleurs certains que quelques références nous ont échappé.
Les jeux de mots sont souvent créés grâce à la typographie barrée. Ex : "Victor Hugo Boss". Bon, après, on est adepte de ce genre d'humour ou on ne l'est pas. Nous, nous le sommes.
Quelques regrets d'impression : la double barre est parfois mal placée sur les lettres ; certains mots sont mal découpés (p. 170) ; les pages des éditions livre de poche "bavent" les unes sur les autres.
Tout ça n'est pas dû à l'auteur, évidemment.
Bref : ce livre est d'une grande richesse littéraire. Chaque mot est pesé. Aucune banalité n'est acceptée. Nous ne dévoilons pas tout pour laisser de la surprise aux lecteurs.
Cependant : eh oui, après tant d'éloges, nous trouvons encore quelque chose à ajouter. Certes, c'est drôle. Certes, c'est original. Certes, c'est une bonne critique de notre société. Certes, tout cela est rondement mené et semble parfait. Mais voilà que l'on s'ennuie. Pourtant nous apprécions l'humour de l'auteur. Mais, à la moitié de l'ouvrage, les blagues commencent à devenir redondantes et l'intrigue n'étant pas palpitante, rien ne pousse réellement à poursuivre la lecture. De même que nous ne lirions un livre de blague d'une traite, de même il est difficile d'achever ce roman. La curiosité finit par l'emporter et l'on poursuit la lecture, ne serait-ce que pour l'humour, le style et les nouvelles critiques.
Bilan : Nous l'avons dit : c'est bien, novateur, original, stylé (qui a du style et, dans le cas présent, un bon style), drôle, anti-tout-ce-qui-se-fait-actuellement et nous aimons. Conseil : lisez aussi tout ce qui ressemble à du paratexte, c'est là que se cache le meilleur. Donc, commencez par entrer dans le monde de Bertrand Ferrier en lisant (attentivement) le glossaire, l'avertissement, les premières pages et achevez avec les remerciements etc.
Mais, comme dirait l'auteur, vous faîtes comme vous voulez.
Mirabilia.