05 juillet 2009
Un clandestin aux Paradis, écrit par Vincent Karle
Actes Sud Junior, « D'une seule voix », 2009.
L'histoire : Ils sont venus pour l'arrêter, lui, Matéo, fils de flic qui fume du shit.
C'est ce que croit Matéo. Mais ils sont surtout venus chercher Zaher, réfugié afghan sans papiers.
Notre avis : Voici un texte qui bouleverse fortement. Les mots de ce roman frappent le lecteur avec une grande intensité.
Les personnages, loin d'être des types, sont très réalistes et nous sommes directement confrontés à la réalité. Sans prendre parti pour la police ou les jeunes, ceux de droite ou de gauche, les français ou les étrangers, ou toute autre catégorie réductrice et caricaturale, l'auteur a su saisir les enjeux et retranscrire, simplement, une réalité. Honteuse, injuste, violente, le lecteur est libre de décider, même si le personnage principal oriente les pensées. Dans tous les cas, les réflexions de Matéo incitent les nôtres, interpellent, lancent le débat. À nous de savoir quoi en faire et à nous de ne pas laisser cette histoire rester du côté du fictionnel.
Les phrases sont construites avec un grand soin. Échos, rythmes, sonorités et associations de mots donnent au texte une importante dimension poétique. Même les pages blanches sont porteuses sont sens, celui que l'on veut bien leur donner.
L'auteur a choisi avec talent les mots pour évoquer notre monde contemporain.
Bilan : un roman qui dépeint une triste réalité et incite à la réflexion. Un coup de cœur.
Mirabilia
04 juillet 2009
Among the Impostors, écrit par Margaret Peterson Haddix
Aladdin, « Fiction », Shadow Children, tome 2, 2002.
L'histoire : Luke intègre le collège Hendricks. Difficile de se fondre dans la masse lorsqu'on n'a jamais vu autant de personnes en même temps.
Notre avis : Suite du tome 1, L'enfant interdit – seul tome traduit en français à ce jour –, ce roman nous entraîne immédiatement dans la lignée du précédent. Même pour ceux qui lisent difficilement l'anglais, la lecture est agréable car la syntaxe et les mots employés sont simples. Ainsi, ceux qui ont apprécié le début de l'histoire des enfants de l'ombre seront satisfaits de savoir la suite des événements. Sans rien révéler de cette suite, disons simplement qu'elle comble les attentes. Suspenses, intrigue à rebondissements, mystères : tous les éléments sont présents pour maintenir notre attention et nous inciter à poursuivre la lecture. Le dénouement inattendu nous donne envie de continuer encore à lire cette série. Voici donc un second volet réussi !
Bonus : les premières lignes pour les impatients :
« Quelquefois, au beau milieu de la nuit, lorsque tout était sombre, il murmurait son vrai nom. “Luke. Mon nom est Luke.” Il était sûr que personne ne pouvait l'entendre. »
(traduction personnelle.)
Bilan : Une suite où le suspense règne. De quoi nous donner envie de lire le tome 3 !
Mirabilia
03 juillet 2009
L'amour en cage, écrit par Maryvonne Rippert
Seuil Jeunesse, « Chapitre », 2008.
L'histoire : Paul vit à la campagne. Lorsqu'il va au collège, le métier de son père devient une insulte. Pour échapper à ces journées d'exclusion, Paul s'occupe d'une pie tombée au sol. Mais il faudra bien la laisser partir... Ou doit-il lui couper les ailes pour la garder près de lui ?
Notre avis : Rarement les romans destinés aux enfants et adolescents montrent des personnages si réalistes. Loin des types, Paul est un personnage vraisemblable. L'auteur a su s'intéresser à des personnes souvent oubliées des romans : celles qui habitent à la campagne.
Pour ceux qui ne connaissent pas cette vie champêtre, le dépaysement est total et l'apprentissage très enrichissant. Pour les autres, ils s'identifieront avec plaisir à des personnages et des situations reconnus.
L'histoire est simplement construite et le dénouement se devine un peu, ce qui ne nuit en rien au plaisir pris à la lecture.
Bilan : un roman qui saisit avec pertinence les émotions des personnages et décrit habilement la vie à la campagne.
Mirabilia
02 juillet 2009
Angélique boxe, écrit par Richard Couaillet
Actes Sud Junior, 2007.
L'histoire : Angélique boxe, boxe, boxe pour oublier cette vie, les malheurs qui la composent, l'amerture qui s'en dégage, la difficulté de la supporter.
Notre avis : Le choix de la variation de la focalisation mobilise rapidement et intensément l'attention du lecteur. Tantôt celui-ci s'identifie grâce aux chapitres énoncés à la première personne, tantôt la distance de la troisième personne permet retenue et regard lointain. Ainsi, la lecture est toujours dynamique : nous sommes incités à nous émouvoir et à réfléchir. Cette variation est donc un choix littéraire motivé et pertinent.
Le rythme est ensuite très travaillé. Répétitions, sonorités qui se répondent et s'opposent : la langue est travaillée pour enrichir le sens. Poétique, le roman accède à une autre dimension.
L'histoire est originale parce qu'étonnante et le dénouement, hautement inattendu, a su combler nos attentes au-delà de nos espérance. Cette fin permet de nous captiver une fois de plus, de confirmer encore le talent de l'auteur. La fiction rejoint la réalité et dans la forme de la narration et dans l'histoire, et l'incitation à la réflexion est ainsi plus présente.
Bilan : une histoire intense, une langue travaillée : un roman original et réussi.
Mirabilia
01 juillet 2009
Les contes du bagout, quatre histoires de baratineurs, écrit par Claudine Aubrun
Seuil Jeunesse, « Chapitre », 2008.
Les contes : Qui du coq ou du mouton saura embobiner le mieux le lion pour sauve
r sa peau (et sacrifier l'autre) ? Comment un crocodile peut user de ses charmes pour se la couler douce ? Comment un grillon se retrouve ratatiné par une sauterelle ? Et pourquoi une dinde tente d'être plus intelligente ? Les contes du bagout répondent.
Notre avis : Ces histoires sont bien plus que ce par quoi nous les avons résumées. Nous souhaitons remercier chaleureusement l'auteur de nous avoir offert un si bon moment de lecture. Ces contes sont, n'ayons pas peur des mots, des merveilles d'invention. Ingénieux, ils sortent des sentiers battus.
La fable est ici utilisée à bon escient : les personnages sont des types caricaturés, mais finalement ô combien réalistes ! et la morale se laisse savourer longtemps après avoir fini de lire.
En effet, les portraits dressés – nous rappelant toujours une personne de notre entourage – sont très surprenants. L'auteur a le talent de ne pas nous livrer la conclusion avant le dénouement. Ainsi, nous nous laissons avoir, nous nous identifions au mauvais personnage, ce qui révèle les véritables facettes de notre personnalité et nous nous laissons porter par l'intrigue qui nous mène à une fin réaliste et pourtant parfois inattendue (ou serait-ce que nous refusions de voir la réalité ?).
La morale est laissée à l'interprétation du lecteur. Nulle phrase ne vient gâcher la lecture pour clore définitivement le conte. Ainsi, nous y repensons, réfléchissons, interprétons, encore et encore. Le dernier conte mérite un grand coup de cœur qui nous confirmera notre envie d'en donner un à l'œuvre entière.
L'humour et la satire sont omniprésents, ce qui rend en plus la lecture très agréable, vivante, dynamique, et simplement délicieuse. Nous avons vraiment apprécié ces contes !
Bilan : des contes originaux, drôles, audacieux et bien pensés qui nous font crier : « un autre, un autre ! ». Un coup de cœur.
Mirabilia
30 juin 2009
Le chant du volcan, écrit par Christian Moire
Photographies de Stephan Zaubitzer, Thierry Magnier, « Photoroman », 2009.
L'histoire : Aurélie est archéologue. Pour sa thèse, elle fouille la terre à la recherche de... quelque chose. Hénoch, lui, est géologue. Ils se trouvent.
Notre avis : Le principe de la collection est décrit ainsi : « une série de photographies dont il ignore tout est confiée à un écrivain. Il s'aventure alors dans l'écriture d'un roman où ces photographies croiseront la vie du héros pour la transformer. » La contrainte attire notre attention. Mais, très vite, le roman nous emporte et devient davantage qu'un défi littéraire relevé. L'histoire est en effet envoutante. Grâce à une héroïne très réaliste et à laquelle le lecteur peut facilement s'identifier, nous plongeons dans une intrigue simple mais dont les émotions ressenties par les personnages, et provoquées chez le lecteur, captivent l'attention. Les photographies ponctuent la lecture, rejoignent l'histoire, s'opposent, concordent. Toujours, elles provoquent un intérêt spécifique. Au dénouement, nous nous laissons porter par l'histoire ancrée dans notre esprit et savourons les traces laissées.
Bilan : un roman réussi qui émeut et transporte. Une union pertinente.
Mirabilia
29 juin 2009
La sorcière de Porquerac, écrit par Roland Godel
Seuil Jeunesse, « Chapitre », 2009.
L'histoire : Camée fait tourner la tête de tous les hommes. Parce que seul Jehan retient son attention, les autres villageois voient le mal incarné par Camée. Et au XVIème, la rumeur d'être sorcière peut même mener au bûcher.
Notre avis : Dans ce roman, l'histoire nous plonge rapidement dans une époque lointaine. Le langage, les coutumes, les croyances..., tout cela semble bien loin aujourd'hui. Pourtant, la rumeur est encore présente de nos jours, même si, heureusement, les condamnations sont moins graves. Mais l'histoire de Camée incite tout de même à réfléchir sur les conséquences que peuvent avoir nos paroles.
Le personnage principal est une grande héroïne. Courageuse, belle, hors du commun, elle retient notre attention jusqu'à la fin.
Savoir le dénouement dès le début ne nous maintient que davantage en haleine, tant nous redoutons de savoir comment cette fin peut réellement arriver.
En plus de découvrir une époque, le lecteur suit avec plaisir une intrigue bien construite.
Bilan : un roman historique très dynamique qui incite à réfléchir.
Mirabilia
28 juin 2009
Toto l'ornithorynque et le lion marsupial, écrit par Eric Omond et dessiné par Yoann
Delcourt Jeunesse, 2008.
L'histoire : L'ornithorynque, l'échidné, le koala et la chauve-souris ont des ennuis avec des dingos, qui, en plus, magouillent avec un lion marsupial. De quoi s'inquiéter.
Notre avis : Le principe est clair : il s'agit de mettre en scène des animaux méconnus, et, si possible, en voix de disparition. Dans cet épisode, nous rencontrons aussi un wombat et d'autres spécimens pour compléter le tableau.
Une fois passée cette dimension pédagogique, nous nous intéressons à l'histoire. Simple et très basique, elle n'est pas très distrayante. L'humour manque un peu pour égayer l'intrigue. Certes, nous nous sommes amusés à découvrir les personnalités choisies pour les animaux. Les apparences de chacun ont en effet été associées à nos stéréotypes pour créer des types assez réjouissants. Le gros ornithorynque est donc un peu ballot. Mais l'histoire reste assez lassante.
Les illustrations se distinguent de celles de nombreuses productions. Nous découvrons des dessins d'animaux assez réalistes, mais aussi stylisés avec les traits de l'auteur. Quelques expressions humanisées viennent dynamiser les portraits. La plupart des vignettes est très travaillée, ce qui compense l'intrigue décevante. Les couleurs correspondent aux ambiances, ce qui est appréciable.
Les créateurs ont choisi d'utiliser à de nombreuses reprises l'ellipse pour la succession des vignettes. Mais parfois l'usage est trop important et l'action est trop rapide pour un nombre de vignettes restreint. Comme l'histoire de ces planches ne font que peu avancer l'intrigue, ce n'est pas très important.
Bilan : bien que les dessins soient originaux, l'histoire et sa construction déçoivent.
Mirabilia
27 juin 2009
Le secret du génie humain, écrit par Arthur Ténor
Grasset Jeunesse, « Roman grand format », 2008.
L'histoire : Fabrice Ronet, policier, regarde une émission de télévision où le présentateur annonce qu'une personne a pu devenir un génie à la suite d'une intervention. Celle-ci, au lieu de montrer ses capacités, tue, soudainement, les autres invités sur le plateau. Fabrice décide de mener l'enquête sur cette étrange transformation en génie dangereux.
Notre avis : Le titre est très prometteur. En commençant le roman, nous hésitions entre un roman de science-fiction ou un policier. C'est finalement le deuxième genre qui est principalement honoré. En effet, l'action prime, le suspense aussi, et la construction de l'intrigue est résolument celle d'un récit d'enquête. Personnages soupçonnés, rebondissements permanents, secrets à découvrir, changements d'identités, etc. : tout est présent pour convenir au genre. L'auteur réussit en plus à se démarquer de la masse des productions en inventant une intrigue originale, qui se tient, et dont le dénouement nous maintient en haleine.
Les lecteurs assidus peuvent s'amuser à chercher les nombreuses références à d'autres œuvres, comme Des Fleurs pour Algernon, pour ne citer que la plus évidente.
Bilan : un roman d'enquête qui tient son lecteur en haleine du début à la fin.
Mirabilia
26 juin 2009
De silences et de glace, écrit par Julia Billet
L'école des loisirs, « Médium », 2002.
L'histoire : Le frère de Sarah est mort. C'est fini. The end. Rien à ajouter. La vie ne sera jamais plus comme avant. Est-ce encore une vie ?
Notre avis : Il serait facile de dire que la mort est la thématique de ce roman. Comme nous détestons parler de thèmes et de mots clés, nous nous y refusons. Nous pensons que ce serait, en plus, restreindre ce roman à une petite catégorie dans laquelle il se sentirait bien à l'étroit. Car ce roman est plus qu'un roman « qui parle de ».
En effet, cette histoire est avant tout celle d'une rencontre entre le lecteur et le personnage principal, une jeune fille qui ressent la vie à sa façon, pense de manière particulière et nous fait partager son intimité. L'identification du lecteur à Sarah est rapide et concluante car la jeune fille narratrice nous emporte immédiatement par le flux de ses pensées.
L'évolution de l'intrigue semble simple et, pourtant, elle est d'une grande subtilité. La jeune fille évolue, grandit au fil des pages, et nous emporte, encore une fois, avec elle.
Les mots sont choisis avec un grand soin et l'œuvre s'apparente parfois à un recueil poétique. Le lecteur est alors bouleversé par la succession des mots qui réussissent à retranscrire très rapidement et avec exactitude une situation spécifique, une atmosphère, une pensée. Nous parviennent alors pensées, émotions et plaisirs de lecture.
Bilan : une histoire très bien construite, une langue très travaillée, un personnage très bien caractérisé : un roman réussi.
Mirabilia